Travail réalisé par:
Guillaume Létourneau
Geneviève Gagné
Pascale Talbot
et Jade Rodrigue
Emballage selon Kantor - Wiki (A.2)
jeudi 4 juin 2015
Introduction
Dans
le cadre du cours Formes et fonctions du
spectacle vivant II, notre travail final consistait en une
recherche-création axée sur le travail de l'artiste Tadeusz Kantor, plus
précisément sur ses emballages. Le but premier de ce projet était de bien
comprendre les démarches et les choix artistiques entourant le travail de
Kantor et de les transposer dans un projet personnel. Donc, avant de commencer
à mettre nos idées sur la table, nous avons abordé la partie recherche de notre
travail. Premièrement, nos recherches ont débuté par le manifeste de
l'emballage, écrit par Kantor, qui nous semblait être le meilleur commencement. Ensuite, chacun de nous a
trouvé un second texte dans le but d’élargir nos sources, suite à quoi nous
avons échangé et précisé nos idées. Finalement, les vidéos sont venues
clarifier certains principes, mais surtout, ils nous ont montré l'ambiance
kantorienne recherchée avec plus de précision. Suite à cette étude, nous avons
défini les principes fondamentaux de sa
méthode et nous nous en sommes inspirés pour créer notre propre emballage.
Toutefois, notre idée initiale a subi quelques modifications suite au
cours sur l’œuvre de Kantor. Ce cours
nous a ouvert les yeux sur certaines notions qui nous avaient échappées et qui s’avéraient
être très intéressantes pour notre projet.
Deuxièmement,
en ce qui concerne la partie création, nous avons décidé de réaliser
entièrement le projet. En effet, notre équipe, composée de Geneviève Gagné,
Jade Rodrigue, Pascale Talbot et Guillaume Létourneau, s'est mobilisée le 2
avril dernier pour réaliser publiquement ce projet au coin de la rue
Saint-Catherine et Berri. Notre projet s'est étalé sur approximativement trois
heures. Ce temps nous a permis de faire l'emballage, l'interaction avec le
public et le désemballage. Tout au long de ce processus, nous avons décidé
d'utiliser la vidéo et la photo comme outils pour mieux vous le présenter. Ces
supports visuels, ainsi que la partie écrite du travail et de nos commentaires vous seront accessibles sur ce blog.
Par
la suite, en ce qui concerne la démarche artistique de notre
recherche-création, elle sera expliquée en trois sections. D'une part, la
première section parlera des liens entre le happening de Kantor et nos choix
liés au lieu et au lien avec le public. D'autre part, la seconde partie
définira le choix des différents matériaux et la façon de les utiliser, ainsi
que la place de l'acteur dans l'emballage. Finalement, la dernière section
tissera les liens entre notre création et les effets de l'emballage chez
Kantor, tel la préciosité, mais également les principes fondamentaux du
désemballage.
Justification des choix artistiques
Au fils de ses créations, Tadeusz
Kantor a développé une fascination dans le processus d’attacher, de ficeler des
objets et des êtres humains. En début de parcours, de nombreux moments l’on
mené à se questionner sur la véritable identité et l’existence de l’objet pour
savoir comment le rendre vivant. Kantor désire dépasser les limites de
l’ordinaire avec ses pratiques théâtrales non-conventionnelles. Avec ce médium,
il désire quitter la toile, excéder l’image et surtout supplanter la parole.
C’est, ensuite, par le happening que
Kantor concevra de nombreux emballages d’êtres humains et d’objets. (FAM-1110)
Ainsi, pour produire notre emballage, nous avons choisi l’art de l’immédiat,
l’axe du happening. Ce qui est intéressant avec cette forme de présentation,
c’est l’intervention du hasard. Kantor a fondé un travail de recherche qui
circulera à l’encontre du système. Dès 1942, sous l’occupation allemande, il
commence à faire du théâtre clandestin. Les circonstances l’obligent à
délaisser le lieu du théâtre traditionnel. Une conséquence qui deviendra sous
peu sa marque. Toute son existence, il sera fidèle à cette idée : l’air de
jeu doit se créer à l’extérieur du théâtre. Il préfère les lieux médiocres à ceux
qui sont institutionnels, d’où notre envie de produire le happening dans la
rue, loin des sentiers battus. Créer un emballage dans la sphère publique
occasionne nécessairement une interaction avec le public, mais nous n’avions
aucune idée des conséquences qu’elle produirait. La structure choisie, la
cabine téléphonique, était remodelée, étrangéisée par les matériaux et le corps
qui y étaient ficelés. « L’objet
– note Kantor – est dans mon théâtre bio-objet, à savoir que l’acteur est
soudé à l’objet. On ne peut imaginer ni l’objet sans l’homme, ni l’homme
sans l’objet. » (SARACZYNSKA, 2001) En
ajoutant un corps à l’objet, on assistait à la naissance d’une « chose » à
caractéristiques anthropomorphiques. Tout comme dans La lettre et La femme
emballée, présentations publiques de Kantor, le sujet, caché, devient peu à
peu objet de désir.
De plus, nous désirions qu’il y ait
une participation du public dans notre projet. Comme dans Le concert et la mer, nous voulions que les passants participent à
cette création. Nous voulions briser l’illusion, nous interroger sur l’acte de
l’artiste.
Ces espèces de momifications feront
apparaître plusieurs réflexions dans la tête du spectateur, mais jamais Kantor
n’aura le désir de transmettre une parole précise. Voilà pourquoi nous n’avons
pas construit notre projet autour d’une symbolique précise. Les réactions étaient
diverses puisque les observateurs pouvaient extraire leur propre signification
de cet emballage publique. Tout se développait dans l’immédiat :
l’emballage, les questionnements, le désemballage. Notre emballage est en
quelque sorte un clin d’œil à plusieurs de ses happenings. Évidemment, nous
n’avions aucune symbolique précise en emballant Geneviève à la cabine
téléphonique. Nous avions simplement l’aspiration de sortir l’objet de sa
réalité concrète. Nous étions stimulés à donner une seconde vie à cet objet. À
notre avis, de nos jours, la cabine téléphonique est devenue un outil rejeté.
Qui, aujourd’hui, utilise la cabine téléphonique ? Inconsciemment, l’objet désuet est devenu
convoité et prit un second sens lorsqu’il fut emballé.
À travers ses emballages et les matériaux
utilisés, Kantor a su jouer avec la poétique de l’objet. Ces «objets condamnés
au mépris, à l’oubli et à la poubelle» (KANTOR, 1975) se voient renaître à travers un usage
insoupçonné. En emballant une cabine téléphonique, il s’agissait de
métamorphoser le réel pour donner vie à une sorte d’objet-lieu, en plus de
solliciter l’imaginaire des passants.
Notre choix d’utiliser des matériaux
recyclés pour réaliser notre emballage, matériaux «balançant tohu-bohu entre
éternité et poubelle», (KANTOR, 1975) se
veut aller dans la même idéologie que Kantor. En réutilisant ces matériaux, il
s’agissait de redonner une seconde vie à ces derniers en plus de les renvoyer,
ironiquement, une seconde fois à la poubelle. Le jute fut le principal matériau
utilisé pour recouvrir dans son entièreté la cabine téléphonique ainsi que
l’acteur s’y retrouvant «chosifié» (SARACZYNSKA, 2001). Par la suite, des bouts de corde furent
utilisés d’une manière tout autant esthétique qu’utilitaire afin de tenir le tout
en place. Finalement, une corde noire reliait deux verres en plastique de façon
à créer un téléphone qui permettait
de mettre en relation cet acteur «chosifié» (SARACZYNSKA, 2001) avec les passants; sorte de fil conducteur
entre l’œuvre d’art et la réalité. La mémoire des passants est aussi impliquée par
ces verres qui transmettent le son urbain à notre structure vivante. Ce type
d’assemblage fait appel à des souvenirs d’enfant qui prétendent parler au
téléphone avec des conserves ou des contenants quelconques. Cette notion
d’utilisation de la mémoire et des souvenirs collectifs, Kantor dit lui-même
l’avoir utilisée dans plusieurs de ces spectacles. Les bancs d’école que l’on
retrouve dans le décor de La classe morte
en sont un bon exemple. (BABLET, 1988)
À la
suite de la lecture du manifeste de Kantor, nous avons pu remarquer la
prédilection de ce dernier pour la poste, les enveloppes et les paquets
«attachés par des ficelles, munis d’adresse, de cachets, d’imprimés, tous des
amoncellement de diverses dimensions, des grands et des très petits.» (KANTOR,
1975) De plus, dans cette Ode à la poste, Kantor explique l’absence d’utilité
que prennent les colis lorsqu’ils sont au bureau de poste, sans propriétaire. Voilà pourquoi nous avons ajouté une
adresse sur notre emballage, lui donnant ainsi un absurde sens, comme un énorme
colis oublié au milieu de la ville.
Suite
à cette lecture, nous voulions réaliser un emballage avec une esthétique
semblable à un colis, abandonné dans les rues de Montréal. Cette esthétique
nous a permis d’inclure un désemballage interactif à notre évènement. Nous avons décidé d’inviter des passants
à déballer notre projet. Trouver des participants pour déficeler ce gros
présent n’as pris que quelques instants, ce qui nous confirme l’engouement des
gens pour cet objet emballé.
Lors
du désemballage, une fébrilité était palpable. Mais que ce cache-t-il sous cet
amas de tissus ?
L’action même de l’empaquetage
cache en elle un besoin très humain et une
passion de la conversation, de l’isolation, de la durée, de la transmission, de
même qu’un goût d’inconnu et de mystère. (KANTOR, 1975)
passion de la conversation, de l’isolation, de la durée, de la transmission, de
même qu’un goût d’inconnu et de mystère. (KANTOR, 1975)
Étonnant vous direz, mais les deux hommes
n’avaient aucune idée qu’il se cachait une femme sous cette structure.
Il ne faudrait pas oublier la présence de
l’acteur dans l’emballage. Ce dernier se trouvant coincé entre la cabine et le
jute qui la recouvrait. Dans le même sens que Kantor qui cherchait «la fusion
de la matière vivante du corps humain à celle de la matière inerte des choses»,
(SARACZYNSKA, 2001) le fait d’intégrer un acteur à
l’emballage se voulait significatif de la relation entre la vie et la mort,
mais aussi de la vision de Kantor face à l’emballage avec un intérieur vivant.
En emballant une cabine téléphonique, ce
n’est pas seulement l’objet, mais l’ère qu’elle représente, prédestinée à être
jetée, que l’on tente de protéger.
...EMBALLAGE!...
alors que l’on désire préserver,
prémunir pour que cela dure,
fixer,
échapper au temps. (KANTOR, 1975)
alors que l’on désire préserver,
prémunir pour que cela dure,
fixer,
échapper au temps. (KANTOR, 1975)
Nous avons tendance, dans la vie
quotidienne, à emballer des objets qui valent la peine d’être conservés, d’être
protégés. Kantor a d’ailleurs lui-même expliqué ce phénomène dans son
manifeste. De plus, la plupart des emballages des temps modernes font appel à
des souvenirs heureux. L’emballage, fait avec précaution et précision, élève
l’objet à un plus haut niveau de préciosité. Les cadeaux d’anniversaire, de
Noël, ou encore les emballages de produits manufacturés sont tous porteurs de
bonnes nouvelles et de désirs comblés. Dans le cas de notre projet, la cabine
téléphonique devenait donc un objet de mystère pour les passants, même si
certains d’entre eux ont probablement passé des dizaines, voire même des
centaines de fois devant cette même cabine sans lui voir intérêt. L’emballage,
pourtant fait de matériaux pauvres, a donc modifié la valeur de notre objet
urbain en le rendant intrigant et désirable.
Une fois emballé, l’objet, inaccessible à
la vue, commence à devenir imaginaire. On se met à douter de son existence, à
oublier son apparence. On a envie pour notre simple curiosité de revoir cet
objet que l’on a pourtant vu de si nombreuses fois, dans le seul but de
confirmer la conception que nous avions de cet objet. L’emballage a «des potentialités
métaphysiques» (KANTOR, 1975)
illimités. L’esprit humain ne pourra s’empêcher de trouver un sens, une
métaphore à l'événement qui se produira devant ses yeux.
Bibliographie
BIBLIOGRAPHIE
MONOGRAPHIE
BABLET,
Denis. (dir.). (2004). Tadeusz Kantor : Le Théâtre de la mort. Lausanne :
Éditions L’Age d’Homme.
PAVIS,
Patrick, Dictionnaire du théâtre, Paris, Armand Colin, 2009
ARTICLE
SARACZYNSKA,
M., Kantor et l’objet : du bio-objet au
sur-objet ; du sur-objet à
l’œuvre d’art. Agôn. 2001 Consulté à l’adresse http://agon.ens-lyon.fr/index.
php?id=2060
l’œuvre d’art. Agôn. 2001 Consulté à l’adresse http://agon.ens-lyon.fr/index.
php?id=2060
MANIFESTE
KANTOR, Tadeuzs. Muzeum sztuki, Tadeusz Kantor: emballages, Pologne,
Lodz, 1975
DOCUMENT AUDIOVISUEL
BABLET,
D. (1988). Le théâtre de Tadeusz Kantor. [16mm, couleur]. Arcanal : CNRS
Audiovisuel
Audiovisuel
INA.fr,
(1969, 23 avril), Tandeusz Kantor et le
Happening. [vidéo webdiffusée].
Récupérér de http://ina.fr/video/I07362176
Récupérér de http://ina.fr/video/I07362176
INA.fr,
(1982, 7 novembre), Tandeusz Kantor.
[Vidéo webdiffusée]. Récupéré de
http://ina.fr/video/CAB8201775601
http://ina.fr/video/CAB8201775601
INA.fr,
(1985,19 juillet), La compagnie
« Théatre Cricot II» de Varsovie à Avignon.
[Vidéo webdiffusée]. Récupéré de http://ina.fr/video/RAC85000993
[Vidéo webdiffusée]. Récupéré de http://ina.fr/video/RAC85000993
COURS UNIVERSITAIRE
MARTZ-KUHN,
Émilie. Formes et fonctions du spectacle
vivant II (FAM-1110), 2015
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